OGM : que la vraie science tranche !

C’est une question qui nous a été posée maintes fois : peut-on tester les OGM par la toxicogénomique ? L’actualité nous a donné l’occasion d’y répondre.

Article publié dans La Notice d’Antidote n°15

[et communiqué de presse du 11/4/2008]

Vous êtes nombreux à nous avoir demandé s’il serait possible d’utiliser la toxicogénomique pour évaluer les risques des OGM pour notre santé. Ceux d’entre vous qui souhaitaient voir ce sujet traité dans La Notice d’Antidote seront enfin comblés ! Le 10 avril dernier, la secrétaire d’Etat à l’Ecologie, Nathalie Kosciusko-Morizet, faisait la une de la presse après avoir critiqué Jean-François Copé (chef de file des députés UMP) et Jean-Louis Borloo (son ministre de tutelle), lors de la discussion de la loi encadrant les cultures OGM. Nous avons saisi cette occasion pour rédiger une lettre ouverte à l’attention de M. François Fillon (Premier ministre), M. Jean-Louis Borloo, Mme Nathalie Kosciusko-Morizet et Mme Roselyne Bachelot (ministre de la Santé), que nous reproduisons ci-dessous et que nous avons également fait parvenir à plusieurs députés et sénateurs ainsi qu’à la presse.

Notre Lettre ouverte

La polémique née de l’examen de la loi sur les OGM est liée en premier lieu à l’ignorance. Ignorance dans le camp des « pour » comme dans celui des « contre », de données scientifiques sur les effets des OGM sur la santé humaine. Et ce n’est pas la création de Hauts Comités divers chargés de donner des avis ou des recommandations qui vont changer cet état de fait. Il n’y a qu’une solution à la controverse : établir, par des moyens scientifiques rigoureux et pertinents, les effets des OGM sur l’homme, et en premier lieu sur du matériel biologique humain, nos cellules.

De telles méthodes existent depuis près de 15 ans : les « omics », qui permettent d’observer, dans des cellules en culture, l’ensemble des réponses biologiques. Le savoir-faire pour mettre en oeuvre ces méthodes est présent en France. Parmi les organisations compétentes, Antidote Europe regroupe des scientifiques issus des établissements publics de recherche et a une bonne pratique de l’une de ces méthodes, la toxicogénomique. Cette technologie permet de mesurer les perturbations dans l’expression des gènes de la cellule quand celle-ci est soumise à une substance chimique ou autre stress (voir http://antidote-europe.org).

Antidote Europe a identifié dans les OGM trois types de risques :

1. Ceux liés à la construction génétique elle-même (voir l’effet des promoteurs). Il est prouvé qu’une certaine quantité de ces constructions se retrouvent dans les cellules de l’organisme humain ou animal qui consomme l’OGM, en particulier les cellules de l’intestin. Ces promoteurs peuvent se trouver insérés devant des « oncogènes » et en commander l’expression. Les oncogènes, dont l’activité est indispensable durant le développement embryonnaire, sont associés aux pathologies cancéreuses s’ils continuent à s’exprimer à l’âge adulte.

2. Ceux liés aux produits issus de cette construction, par exemple la protéine « bt » contenue dans le maïs génétiquement modifié. Le fait que cette protéine provoque des trous dans les parois intestinales des insectes exposés a déjà été documenté. Grâce à la toxicogénomique, on pourrait apprécier l’effet du « bt » sur des cellules humaines en culture.

3. Ceux liés aux pesticides dont l’utilisation est encouragée par cette construction (le glyphosate, par exemple, toléré par les OGM « Roundup Ready »). La toxicogénomique permettrait aussi d’évaluer les effets du glyphosate sur des cellules humaines en culture ; Antidote Europe a déjà réalisé ce type de test pour d’autres pesticides.

Tant que ces tests n’auront pas été faits, le consommateur continuera à être exposé aux risques éventuels de ces organismes génétiquement modifiés.

Antidote Europe est une association à but non lucratif oeuvrant pour une meilleure prévention en matière de santé humaine. Restant à votre disposition pour toute information complémentaire, nous vous prions d’agréer, Mesdames et Messieurs les ministres, nos bien respectueuses salutations. Nous vous informons que nous transmettons cette lettre ouverte aux media.

Nos autres actions

Ayant appris qu’un débat devait avoir lieu au Parlement européen sur une question liée aux OGM, nous avons aussi transmis le texte (traduit en anglais) de cette Lettre ouverte à des membres du Parlement européen, dont le député qui interrogeait la Commission européenne sur la tolérance de traces, dans les produits importés, de soja ou maïs génétiquement modifiés non approuvés par l’Union européenne.

Nous avons également fait circuler cette Lettre ouverte parmi les nombreux députés et sénateurs que nous avons eu l’occasion de rencontrer par le passé ainsi que parmi des parlementaires pouvant être concernés par ce sujet. Nous sommes tout particulièrement reconnaissants à Mme Muriel Marland-Militello, députée des Alpes Maritimes et adjointe au maire de Nice, d’avoir utilisé notre texte pour rédiger une question écrite à l’attention de M. Jean-Louis Borloo. Cette question écrite a été publiée au Journal officiel du 6 mai 2008.

Rappelons qu’une « question écrite », en termes parlementaires, est une question posée par un député ou par un sénateur au ministre concerné par le sujet. Une fois rédigée et envoyée, cette question est publiée au Journal officiel. Le ministre interrogé est tenu d’y répondre et cette réponse doit également faire l’objet d’une publication au Journal officiel. Ainsi, bien que nos quatre ministres ne nous aient pas répondu directement, nous sommes assurés de connaître la position de M. Jean-Louis Borloo « sur l’intérêt des techniques de toxicogénomique dans l’évaluation des organismes génétiquement modifiés ». Nous ne manquerons pas de vous en informer dès que nous aurons connaissance de la publication de cette réponse.

Enfin, nous avons bien sûr fait très largement circuler notre Lettre ouverte parmi les media français et étrangers, en français et en anglais. Nos communiqués de presse sont disponibles sur notre site internet. Nos très vifs remerciements aux media qui ont publié cette Lettre ouverte. A l’heure de boucler cette Notice, nous l’avons déjà vue dans Nexus, Vos Chiens magazine, Votre Santé, sur le site www.contaminations-chimiques.info…

 

Image : couverture du livre Le Monde selon Monsanto

Légende : Si vous n’avez pas pu voir le film de même titre, diffusé le 11 mars sur Arte, courez acheter le livre ! Vous y apprendrez à quel prix (pour notre santé, l’environnement et la vie de nombreux agriculteurs dans des pays en voie de développement) Monsanto est devenu leader mondial en matière d’OGM et occupe une bonne place en matière de produits chimiques.

L’auteur a réalisé plusieurs documentaires fort remarqués et a reçu le Prix Albert Londres, l’un des plus prestigieux prix de journalisme.

Le Monde selon Monsanto,

Marie-Monique Robin, ed ARTE/La Découverte, 2008.