Lettre à Mme Najat Vallaud-Belkacem

Suite à la décision du Conseil d’Etat d’autoriser la dissection de souris en collège et lycée, notre directeur écrivait à la ministre de l’Education nationale. Nous reproduisons ci-dessous intégralement notre courrier et l’accusé de réception du ministère.


Bonjour André MENACHE
Votre message concernant Écrire à la ministre a été pris en compte et enregistré le 22/05/2016 à 21:44 (heure de Paris).
Cordialement,
Ministere de l’Education nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche

Madame la Ministre,
Je tenais tout d’abord à vous remercier pour la circulaire du 28 novembre 2014 par laquelle vous interdisiez les dissections en cours de SVT sur les animaux vertébrés, et notamment sur des souris, dans l’enseignement secondaire.
C’est donc avec une grande déception que j’ai appris que le Conseil d’Etat avait annulé cette interdiction le 6 avril dernier à la demande du SNES-FSU qui invoquait une mauvaise interprétation de la directive 2010/63/UE « relative à la protection des animaux utilisés à des fins scientifiques ».
Aussi, je souhaite vous apporter ci-après des éléments qui pourraient vous être utiles pour confirmer votre position initiale du 28 novembre 2014.
1. Élever des animaux dans le seul but de les tuer pour les disséquer va à l’encontre de la directive européenne 2010/63/UE, puisque celle-ci promeut la réduction de l’utilisation animale et son remplacement par des méthodes alternatives (vidéo numérique, logiciels multimédia).
2. Sur le plan pédagogique, des études ont montré que le niveau d’apprentissage n’utilisant pas les animaux est au moins aussi performant, voire meilleur que celui lié aux dissections. Sur onze publications citées entre 1989-2006, neuf ont évalué l’acquisition de compétences en chirurgie de futurs vétérinaires, dont 45,5% (5/11) ont démontré des résultats d’apprentissage supérieurs en utilisant des alternatives ; 45,5% (5/11) ont démontré des résultats d’apprentissage équivalents, et 9,1% (1/11) ont démontré un niveau d’apprentissage moindre. Vingt et une études concernant des étudiants non vétérinaires dans des disciplines proches (biologie) ont également été publiées de 1968 à 2004, dont 38,1% (8/21) ont démontré un résultat supérieur ; 52,4% (11/21) ont démontré une équivalence, et 9,5% (2/21) ont démontré des résultats d’apprentissage inférieurs en utilisant des méthodes alternatives (réf. 1).
3. Sur le plan éthique, il faudrait également se poser la question du coût-bénéfice étant donné le nombre infime d’étudiants qui poursuivront ensuite une carrière dans la recherche biomédicale versus le chiffre grandissant d’objecteurs de conscience parmi les étudiants qui refusent les dissections, ceux-ci étant ensuite pénalisés ou stigmatisés.
4. Les articles 4 et 47 de la directive 2010/63/UE prévoient de remplacer les animaux dans le cas où il existe des méthodes substitutives performantes. Or, les outils d’enseignement sans animaux actuellement disponibles répondent à ces critères. Pour en citer quelques exemples : la vidéo numérique, les logiciels multimédia et la réalité virtuelle, des modèles éducatifs, des mannequins et des simulateurs (réf. 2).
Enfin, et selon sa demande, je joins à cette lettre une pétition lancée par un professeur de SVT, intitulée « Pour l’abandon définitif des dissections au collège et au lycée » qui, à ce jour, a récolté plus de 87.000 signatures : https://www.change.org/p/ministère-de-l-education-nationale-pour-l-abandon-définitif-des-dissections-au-collège-et-au-lycée
Dans l’attente de votre réponse, je vous prie de croire, Madame la Ministre, à l’assurance de mes respectueuses salutations.
Dr André Ménache
Directeur Antidote Europe
www.antidote-europe.org
Références bibliographiques :
1. http://altweb.jhsph.edu/wc6/paper213.pdf
2. http://antidote-europe.org/enseigner-sans-animaux/