Commentaire de Claude Reiss, président d’Antidote Europe

On trouvera ailleurs sur ce site, un compte-rendu de notre “ test cancer “, qui est enfin publié. Annoncé en 2008, et malgré les dons de nos adhérents que nous en remercions de nouveau, quatre ans se sont passés, mais notre initiative débouche non pas sur un test cancer, mais sur celui d’un mélange de pesticides.

Examinons d’abord la genèse de cette modification : la responsabilité principale incombe au manque de moyens financiers. Remarquez que le projet “Carcinogenomics” de l’Union Européenne, lancé par la CE en fin 2006 pour 5 ans avec un budget de €12 millions, n’est toujours pas terminé (une prolongation de 6 mois a été demandée en mars 2011, mais en août 2012 toujours un silence assourdissant sur ses résultats), alors que 19 gros laboratoires européens y participent. (Pour la petite histoire, un consortium auquel nous participions avait soumis en février 2006 un projet carcinogénomique à  l’Union Européenne, pour 2 ans et €2 millions. Bien que solidement charpenté suite à  nos études de toxicogénomique de 2004-5, le projet a été rejeté sous un prétexte ridicule prouvant l’incompétence de l’examinateur, mais repris pour l’essentiel par le projet Carcinogenomics de l’UE Bien entendu, notre recours contre ce plagiat auprès de la CE est allé directement au panier).

Venons-en à  notre étude des mélanges de pesticides. Les résultats montrent plusieurs points intéressants.

1. Les mélanges de substances chimiques présentes dans notre corps peuvent réserver des surprises désagréables. Le plus souvent, ces effets sont additifs, mais ils peuvent aussi être explosifs, l’un des composants stimulant l’agression d’un autre. Cet effet synergique est montré par le mélange des trois fongicides, qui inhibent la synthèse d’amino-acides. Les fongicides isolés sont peu toxiques chez le rat et supposés inoffensifs chez l’homme. En réalité, sur des cellules du système nerveux central humain, l’un des fongicides agresse les mitochondries, agression qui, à  même concentration, est décuplée par le mélange des trois. Cette agression se manifeste par un fort stress oxydatif, dont on sait qu’il est responsable de neurotoxicités graves (Alzheimer, ataxie de Friedreich), de maladies cardio-cérébro-vasculaires, de maladie des intestins (qui renferme quantité de cellules neuronales) et de cancer. Ce mélange est un pourvoyeur de pathologies graves ! Combien d’autres mélanges dangereux sont encore à  mettre en évidence, dans les 850 pesticides, sans parler des 166 000 substances chimiques qui nous entourent ?

2. La directive REACH, qui prévoit l‘évaluation de ces 166 000 substances chimiques, concerne les substances pures. La Commission Européenne (CE) persiste depuis 6 ans (et contre toute logique) à  imposer ces tests de toxicité sur des rongeurs. Comme il en faudrait plusieurs milliers par substance, on voit qu’il faudrait en sacrifier de l’ordre du milliard pour satisfaire REACH. Or nos résultats montrent que c’est largement insuffisant et qu’il convient de se préoccuper des interactions entre substances présentes dans notre corps, qui peuvent avoir des effets dramatiques. Ils montrent aussi qu’il faut étudier plusieurs lignées cellulaires, certaines réagissant beaucoup plus que d’autres. Enfin, ces substances sont le plus souvent métabolisées en entrant dans notre organisme, le métabolite ayant souvent une toxicité différente de celle de la substance (voir nos études de métabolites par toxicogénomique en 2004-5). Globalement donc, là  ou REACH prévoit un test par substance, il faudrait en effectuer très considérablement plus. Prenons l’exemple d’une personne ayant 10 pesticides dans son organisme. Il faudrait 45 essais pour apprécier la toxicité des pesticides pris 2 par 2, 120 essais pour les combinaisons 3 par 3 etc, soit au total plus de 1000 tests. Il en faudrait autant pour évaluer la toxicité des métabolites, et encore autant pour apprécier les toxicités croisées entre les combinaisons des 10 substances et leurs métabolites, et ces tests sont à  répéter pour les lignées cellulaires des tissus et organes les plus exposés : le nombre de test serait à  quatre chiffres au moins. Même si des animaux étaient des modèles fiables de l’homme (ce qu’ils ne sont pas, n’en déplaise à  la CE ), REACH en consommerait des MILLIERS de MILLIARDS si l‘évaluation des toxicités devait être sérieuse. La CE, au mieux se berce de douces illusions, au pire accepte que les citoyens européens soient envoyés à  l’hôpital ou au cimetière par millions chaque année.

3. Cette évaluation serait par contre à  la portée de la toxicogénomique servie par des robots (dispositifs existant aux USA). Cette méthode permettrait de plus d‘élucider les mécanismes des effets additifs ou synergiques des mélanges

4. Si vous, lecteur, ne voulez pas servir plus longtemps de cobaye à  l’industrie chimique ou des phytosanitaires, aidez-nous à  briser le diktat de la CE imposant les tests de toxicité sur des rongeurs.