Que fait le Centre des Sciences du Vivant à Fontenay-aux-Roses avec nos impôts ?

Comme tous les Etablissements publics à caractère scientifique et technologique (EPST) qui oeuvrent dans le domaine de la biologie, le Commissariat à l’énergie atomique (CEA) n’échappe pas à la règle : il pratique des expériences sur des animaux. Avec quels bénéfices pour la santé humaine ?

Par André Ménache

Microcèbe
Microcèbe

Depuis quelques années, le CEA de Fontenay-aux-Roses a remplacé ses activités nucléaires par la recherche sur le vivant utilisant des animaux. Actuellement, le CEA détient des centaines d’animaux, des singes aux souris. Au sein du Centre, le Département des Sciences du Vivant pratique l’expérimentation animale en collaboration avec d’autres institutions, comme le Centre national de la recherche scientifique (CNRS), ou encore, le Muséum national d’histoire naturelle (MNHN). Ces établissements étant publics, leurs travaux sont largement payés par le contribuable.
Alors que l’utilisation des animaux dans la recherche biomédicale est considérée à priori comme un « mal nécessaire » par le grand public, ce même public ignore si cette souffrance animale se justifie sur le plan du rapport coût/bénéfice c’est-à-dire, comment la société juge-t-elle la souffrance (voire la mort) infligée aux animaux d’un côté, et le progrès médical attendu de l’autre ?
Afin de pouvoir juger de cela de façon objective, il serait utile pour le contribuable d’avoir accès à des études déjà publiées par des chercheurs liés au CEA. A cette fin, nous donnons ci-dessous quelques exemples d’études déjà achevées et nous laissons au grand public le soin d’en juger la nécessité et le rapport coût/bénéfice dans l’optique de demander à nos élus de lancer une enquête publique à ce propos.

  1. « Une baisse de poids corporelle chez les primates diminue leur performance cognitive suite à un régime imposé très pauvre en calories » (étude publiée en 2016). Concrètement, les chercheurs ont voulu étudier l’effet d’un régime très pauvre en calories sur le fonctionnent du cerveau des primates. Ils ont fait une comparaison entre les prestations de deux groupes de microcèbes lémuriens. Pendant 19 jours, les animaux appartenant au premier groupe (groupe témoin) ont reçu un régime alimentaire normal tandis que ceux appartenant au deuxième groupe ont reçu quotidiennement 40% de calories en moins. A la fin des 19 jours, les deux groupes ont subi des tests d’équilibre ainsi que des tests d’apprentissage pour observer l’effet du régime très pauvre en calories. Les résultats de ces tests comparatifs ont permis aux chercheurs de conclure qu’un régime très pauvre en calories diminuait les capacités d’apprentissage mais pas l’équilibre chez ces animaux.
    Pour information, le microcèbe est un des plus petits primates au monde, originaire de l’île de Madagascar. Il pèse au maximum 90 grammes.

    Lien vers la description de l’animal : https://fr.wikipedia.org/wiki/Microc%C3%A8be_mignon

    Lien vers l’article : http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/26952885

  2. « La privation du sommeil diminue la capacité de mémorisation mais pas l’apprentissage chez les microcèbes » (étude publiée en 2013). Concrètement, les chercheurs ont voulu étudier l’effet de la privation du sommeil sur la mémoire et l’apprentissage. Deux groupes d’animaux (31 au total) ont subi 8 heures consécutives de privation de sommeil correspondant à la période de sommeil la plus profonde. Le premier groupe (11 animaux) a été soumis à une courte période d’apprentissage suivie par une privation de sommeil et finalement à des tests cognitifs, tandis que le deuxième groupe (20 animaux) a été soumis à une période d’apprentissage plus importante. Les résultats de ces expériences ont permis aux chercheurs de conclure que la privation de sommeil diminuait la capacité de mémorisation mais pas l’apprentissage chez les microcèbes.

    Lien vers l’article : http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC3661499/

  3. « Lien entre l’hypothermie et les réserves de graisse du corps et du foie chez le microcèbe » (étude publiée en 2014). Le but de cette étude était de mieux comprendre comment le corps utilise et gère ses réserves de graisses corporelles pendant des périodes de torpeur (périodes pendant lesquelles le microcèbe baisse sa température corporelle afin de conserver de l’énergie, surtout en hiver). Les chercheurs ont soumis six microcèbes à un régime journalier contenant 40% de calorie en moins pendant deux semaines ainsi qu’à une diminution d’heures de luminosité afin de provoquer des périodes de torpeur. A l’issue des deux semaines, les six animaux ont été tués afin d’examiner leurs organes et leurs tissus. Une justification supplémentaire de leur mise à mort était l’utilisation des données pour réaliser une autre étude.

    Lien vers l’article : http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/24956961

Quelques précisions concernant les études ci-dessus

  1. Le microcèbe est une espèce nocturne et arboricole. Elle est très active et, si elle se nourrit seule, elle forme des groupes mixtes pour se coucher et se reposer dans des trous d’arbres pendant la journée (1). Leur détention dans les laboratoires, au-delà des expériences de privation de nourriture et de sommeil, constitue une contrainte importante pour ces animaux.
  2. Ces études sont du domaine de la « recherche fondamentale » qui se définit ainsi : « La recherche fondamentale consiste en des travaux expérimentaux ou théoriques entrepris principalement en vue d’acquérir de nouvelles connaissances sur les fondements des phénomènes et des faits observables, sans envisager une application ou une utilisation particulière » (2).
  3. Selon l’un des plus grands sondages réalisés à ce sujet par la Commission européenne, 68% des citoyens de l’Union européenne se sont montrés opposés à l’utilisation des animaux pour la recherche fondamentale (3).
  4. Les données issues de ces études sont pertinentes uniquement pour les microcèbes et ne sont strictement transposables à aucune autre espèce, l’homme y compris (4). Les chercheurs constatent eux-mêmes que les résultats observés chez les microcèbes dans l’étude n°2 sont connus depuis 1999 grâce à des études menées sur des volontaires humains (5).
  5. La recherche fondamentale utilisant des animaux est un exemple hallucinant du manque de transparence du côté des scientifiques et d’une société dupée par de faux espoirs. Une étude approfondie examinant 25 000 articles de recherche fondamentale, a révélé qu’environ 500 (2 %) pouvaient potentiellement prétendre à une future application chez l’homme, dont environ 100 (0,4 %) ont donné lieu à un essai clinique et, d’après les auteurs, un seul (0,004 %) a conduit au développement d’une catégorie de médicaments utiles à la médecine humaine (les inhibiteurs de l’enzyme de conversion de l’angiotensine) et ce 30 ans après sa publication initiale en science fondamentale (6).
  6. Les trois exemples mentionnés ci-dessus sont souvent similaires à d’autres études déjà publiées par le ou les mêmes auteur(s). Les chercheurs du CEA pratiquent des expériences sur les microcèbes depuis 1998 (7).

Références bibliographiques

(1) https://fr.wikipedia.org/wiki/Microc%C3%A8be_mignon
(2) https://fr.wikipedia.org/wiki/Recherche_fondamentale
(3) http://ec.europa.eu/environment/chemicals/lab_animals/pdf/results_citizens.pdf
(4) http://antidote-europe.org/modeles-animaux-ont-ils-valeur-predictive/
(5) http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/10442025
(6) http://antidote-europe.org/justifier-utilisation-animaux-sentients-recherche-fondamentale/
(7) http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/9773491