L’enseignement sans animaux

L’enseignement de la biologie et de la médecine humaine et vétérinaire continue à faire appel à des dissections d’animaux et même à des expériences sur des animaux vivants. Pourtant nous disposons aujourd’hui d’une grande variété d’outils pédagogiques à la fois plus faciles à utiliser, plus agréables et moins traumatisants pour les élèves, plus efficaces et moins coûteux.

Article paru dans La Notice d’Antidote n°34

Par André Ménache

Nous avons le plaisir de vous présenter Jerry, le chien. Saisissant de réalisme, n’est-ce pas ? Ce n’est pourtant pas un vrai chien mais un modèle qui permet à de futurs vétérinaires d’apprendre bien plus sereinement et efficacement. Copyright : Photo InterNICHE

Lors de mes études universitaires de médecine vétérinaire en Afrique du Sud en 1972, un professeur de zoologie nous demanda de rassembler une grande collection d’insectes. Il nous indiqua comment les insectes devaient être tués, soit en les mettant dans une petite boîte contenant de l’éther, soit en leur écrasant le thorax. Je demandai à mon professeur si je pouvais plutôt dessiner les insectes exposés au musée de zoologie. Il accepta. C’était beaucoup de chance pour moi en 1972 !

Mon professeur respectait mon droit à l’objection de conscience et, ce qui est tout aussi important, il considérait que dessiner les insectes était tout aussi adéquat, du point de vue pédagogique, pour accomplir mon cursus universitaire.

Quarante ans plus tard, en 2012, je revenais en Afrique du Sud pour assurer une série de conférences dans des universités avec Nick Jukes, responsable de l’association InterNICHE (www.interniche.org ; voir La Notice d’Antidote de décembre 2012). Selon leur site : « InterNICHE (International Network for Humane Education) est un réseau international pour une éducation éthique. Notre objectif : promouvoir un enseignement alliant éthique et excellence dans les domaines de la médecine humaine et vétérinaire et de la biologie. Nous œuvrons en faveur d’un enseignement progressiste des sciences et du remplacement des expériences sur les animaux, en aidant les enseignants à mettre en place des méthodes de substitution (appelées « alternatives ») et en encourageant les étudiants à exprimer leur liberté de conscience. »

En écoutant les présentations de Nick Jukes, je dois admettre que même moi j’étais stupéfait par le progrès réalisé dans le remplacement des animaux dans l’enseignement. Je me suis senti privilégié de pouvoir constater, en témoin direct, combien les méthodes d’enseignement sans animaux sont efficaces et populaires au sein des universités. Les modèles vont de simples reproductions en plastique jusqu’à de vrais rats et grenouilles conservés par le procédé de plastination. Pour ces derniers, on peut conserver des animaux morts de mort naturelle ou euthanasiés pour motifs médicaux. Nul besoin que des animaux sains, provenant d’élevages pour les laboratoires, soient tués à cette fin et considérés comme simple source de « matériel ».

La plastination, aussi appelée imprégnation polymérique, est une technique visant à préserver des tissus biologiques en remplaçant les différents liquides organiques par du silicone. La première utilité est la conservation de manière définitive de tout élément organique et sa manipulation sans précaution particulière. Les tissus gardent leur plasticité, leurs teintes, sont inodores, et se conservent indéfiniment. C’est un avantage pour toutes les écoles de médecine par le fait, entre autres, de pouvoir éviter l’utilisation des bains de formaldéhyde.

Parmi d’autres modèles, mentionnons les « packs de suture », soit des répliques de tissus en matériaux synthétiques qui permettent aux jeunes étudiants de s’exercer aux techniques de sutures chirurgicales (par exemple, sutures cutanées ou anastomoses intestinales). D’autres modèles encore reproduisent des vaisseaux sanguins pour s’entraîner à l’injection de médicaments.

Nous avons aussi Jerry, un modèle de chien en taille réelle, avec des os qui peuvent être fracturés et soignés, avec des veines dans lesquelles on peut pratiquer des injections et avec plusieurs maladies cardiaques différentes que l’on peut diagnostiquer en écoutant le cœur au stéthoscope. Comme tous les autres modèles, Jerry n’est pas fait pour remplacer un animal vivant mais plutôt pour permettre aux étudiants de s’entraîner et de gagner ainsi en confiance et en connaissances en anatomie et physiologie, afin d’être mieux préparés à recevoir des patients.

Il existe aussi des simulateurs comme la perfusion pulsée d’organes (en anglais POP, pour Pulsated Organ Perfusion) pour s’entraîner à la chirurgie minimalement invasive pratiquée par de petites incisions permettant d’introduire une caméra ou des instruments chirurgicaux. Le POP se présente comme une sorte de cuvette couverte. A l’intérieur, des organes réels (par exemple d’animaux morts de mort naturelle ou euthanasiés pour motifs médicaux) sont connectés à un système de tubes contenant un liquide coloré simulant le sang qui pulse à travers l’organe. Le chirurgien utilise une caméra miniature connectée à un écran extérieur et des instruments de chirurgie introduits dans le POP tout comme lors d’opérations réelles.

En plus de ces modèles et simulateurs, il existe une grande variété de programmes informatiques pour l’étude de l’anatomie et de la physiologie humaines et animales. Le prix et la complexité de ces programmes varient beaucoup, depuis la simple dissection de grenouille jusqu’à des visualisations en 3D pour apprendre la chirurgie cardiaque.

Signalons enfin que des enquêtes comparant l’expérience d’étudiants ayant utilisé des animaux tués à des fins de dissection ou autres expérimentations et celle d’étudiants n’ayant pas sacrifié des animaux ont montré que ces derniers avaient souvent les meilleures performances dans les situations réelles. Ce n’est donc pas surprenant que 96% des écoles de médecine aux Etats-Unis n’utilisent plus d’animaux.