Bien tester les OGM : pas pour demain

Article paru dans La Notice d’Antidote n°36

Dans La Notice de mars 2013, nous vous faisions part d’un courrier que nous avions envoyé à trois commissaires européens, à l’Agence européenne de sécurité des aliments (EFSA) et à trois ministres français, concernant les méthodes pour évaluer la toxicité des aliments OGMs.

Notre courrier contenait un projet pour évaluer les effets sur la santé humaine du Roundup et du maïs NK603, celui par lequel le scandale est arrivé. Nous estimons qu’en 3 à 4 mois et pour un coût d’environ 350 000 euros, la toxicogénomique utilisée de la façon que nous préconisons pourrait fournir des résultats fiables. Ce n’est pas le cas des tests sur des rats qui, exécutés par Monsanto ont fourni un résultat favorable aux OGM (tiens donc !) et exécutés par le professeur Gilles-Eric Séralini (sur des rats de la même lignée) ont fourni le résultat opposé. Et nous qui ne sommes pas des rats, pouvons-nous consommer des OGM ?

Nous n’aurons pas la réponse avant longtemps. En France, seul le ministère de la Santé nous a répondu… d’aller voir ailleurs ! En l’occurrence, auprès de l’Anses, qui « a souhaité proposer des modalités d’organisation d’une réflexion relative au protocole d’une étude de long terme respectant les principes gouvernant l’expertise scientifique ». La phrase est authentique, copie disponible pour qui nous la demandera. La lettre du ministère ayant été rédigée le 13 mais 2013, ça fait déjà plus de trois mois de gagnés sur notre courrier du 6 février. Notre conclusion : les producteurs d’OGM ont encore de beaux jours devant eux.

Côté Commission européenne, la réponse de Tonio Borg, commissaire à la Santé, rédigée le 26 mars 2013, est bien décevante. Il commence par nous dire que les Etats membres ont approuvé, le 25 février 2013 (c’est donc tout récent), un règlement relatif aux aliments pour animaux génétiquement modifiés. Les tests se feront sur trois mois (comme l’a fait Monsanto) et seulement au cas par cas, éventuellement, sur deux ans (comme l’a fait le Pr Séralini). Voilà qui est encore bel et bien pour préserver les intérêts de l’industrie et qui ne nous renseignera toujours pas sur le risque pour l’homme.

Le commissaire Borg nous dit aussi que notre proposition de remplacer les tests sur des animaux par des tests sur des cellules « sera examinée dans le cadre d’un vaste projet de recherche mené au titre du programme de travail 2012 relatif au thème 2 (Alimentation, agriculture et pêche, et biotechnologie) du septième programmecadre de recherche (7e PC). Les exigences imposées pour les essais par alimentation d’animaux dans le contexte de l’évaluation des risques présentés par les OGM seront revues à la lumière des résultats dudit projet et publiées d’ici le 30 juin 2016. » Autant dire que notre projet sera noyé dans une vaste paperasse dont nous n’aurons accès aux conclusions… qu’en 2016 ! Et que si par miracle les autorités prenaient enfin alors la décision d’utiliser les méthodes modernes et fiables pour tester les OGM, il faudrait encore plusieurs années pour intégrer ces méthodes dans la règlementation et faire appliquer cette dernière. Dormez, braves gens, l’Etat veille sur vous.