Après l’écocide, un risque vital s’annonce pour nos enfants

La pollution chimique entraînant actuellement un écocide autour de la planète est une évidence. Pas besoin d’être scientifique pour constater le déclin précipité des populations d’insectes dans les villes et les champs. La prochaine fois que vous voyagerez en TGV, regardez le pare-brise de la rame quand vous arriverez en gare de votre destination. Il est étonnamment propre alors qu’il y a encore dix ans, il aurait été tapissé d’une mosaïque d’insectes – surtout des papillons – collés aux essuie-glaces. Sans insecte pollinisateur, qu’allons-nous manger ?

Mais pourquoi parler d’un risque vital pour nos enfants ? La pollution chimique de l’air, des eaux et de nos sols ne fait pas la distinction entre les différents organismes vivants et s’attaque aux plus vulnérables, notamment les enfants. Les bébés naissent aujourd’hui avec 300 substances chimiques de synthèse dans leur corps (1), dont des substances reconnues comme CMR (cancérogènes, mutagènes, ou toxique pour la reproduction).

Exposés ensuite, et tout au long de leur croissance, à un environnement pollué où les seuils d’exposition journalière admissibles sont quotidiennement dépassés (2), quelles sont alors leurs perspectives d’avenir en terme de santé ? Le cancer est devenu la première cause de décès chez l’enfant de 5 à 14 ans en France depuis 2014 (3).

Comme beaucoup de pays, la France pratique une politique réglementaire fondée sur le rapport bénéfices/risques, plutôt que de promouvoir le remplacement des substances chimiques par des solutions novatrices, respectueuses de l’environnement. Il n’existe pas de pesticide ou de polluant sans risque pour la santé humaine et l’environnement. Il faut se méfier des affirmations des industriels qui veulent nous faire croire le contraire.

A titre d’exemple concret, il ne s’agit pas de remplacer le glyphosate par un autre herbicide mais par une stratégie agro-écologique (4). De même on ne substitue pas le bisphénol A par le bisphénol S, tout aussi nocif, on le supprime tout simplement (5).

Rappelons par ailleurs que la politique de sécurité sanitaire en vigueur est largement guidée par les résultats des tests sur animaux, sur lesquels s’appuie l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES) pour élaborer les valeurs de référence servant à l’évaluation des risques des substances et notamment leurs doses journalières admissibles (6).

Pour sauver la santé de tous et l’environnement, il nous faut un changement de paradigme qui favorise le principe de précaution appliqué. Un principe qui établit que si une action ou une politique risque de causer des dommages à la population ou à l’environnement, elle ne doit pas être mise en œuvre.

L’être humain, fondamentalement adaptable, sait par nature faire face aux dangers immédiats (comme nos ancêtres préhistoriques savaient se protéger du tigre qui les guettait). Aujourd’hui, nous sommes encore et toujours des spécialistes de la gestion des crises à court terme (en l’occurrence pas au-delà d’un quinquennat) mais quid des effets de nos actions sur le moyen et le long terme, disons pour les 25 ou 50 prochaines années ?

Concrètement, il existe trois stratégies pour se sortir de cette crise de la politique de sécurité sanitaire. La première passe par la détection de substances toxiques via la bio-surveillance (prélèvements sanguins, urinaires, salivaires et de cheveux). Cela peut servir à identifier les substances toxiques les plus répandues au sein de la population afin de prioriser leur interdiction (7). La deuxième s’appuie sur un décompte précis sur tout le territoire de l’Europe (y compris en outre-mer) des maladies graves comme le cancer, ceci afin de cibler les zones géographiques ayant un taux plus élevé qu’ailleurs, lié par exemple à une pollution environnementale spécifique (8). Enfin, la dernière stratégie consiste à remplacer les tests sur animaux par des méthodes fiables et pertinentes pour l’être humain, dignes des technologies du 21ème siècle (9). Il est temps !

Les personnes, et non les substances chimiques, ont le droit d’être présumées innocentes jusqu’à preuve du contraire. Les personnes ont aussi le droit de ne pas subir des expériences sans leur consentement éclairé ; il n’a été donné à personne l’occasion de donner ou de refuser son consentement avant d’être exposé au fardeau toxique qui à présent nous contamine tous et obère les générations futures de leur capital santé.

Liste (par ordre alphabétique) des médecins et chercheurs qui ont signé cette tribune :

Luciana Baroni, gérontologue, neurologue
Jérôme Bernard-Pellet, médecin nutritionniste
Fabio Bodrero, dentiste chirurgien
Lanfranco Bruschi, biologiste chercheur
Anna Caputo, médecin généraliste
Evelyne Cash, médecin, docteur en sciences
Roland Cash, médecin, normalien, docteur en sciences
Michael Coleman, toxicologue
Vincenzo Cordiano, médecin interne
Martine Danaux, psychiatre
Giuseppe D’Angelo, médecin chirurgien
Gabriella Errico, chirurgien pédiatre
Francesca De Falco, gynécologue
Katharina Feuerlein, médecin généraliste
Angela Fiore, pédiatre
Andreas Ganz, psychiatre
Maria Concetta Di Giacomo, médecin généraliste
Colette Goujon, neurologue
Wolf-Dieter Hirsch, urgentiste
Anne Isakowitsch, neurologue
Eva Katharina Kuhner, médecin de travail
Catherine Laurençon, pédiatre
Rosmarie Lautenbacher, médecin anesthésiste
Ines Lenk, urgentiste
Mariadora Lobbia, médecin gériatre
Carmelina Loiacono, biologiste chercheur
Maria Pia Lora, médecin généraliste
Giovanna Macculi, cardiologue
Maria Teresa Maresca, médecin généraliste
Maurizio Martini, médecin généraliste
Francesco Mezzatesta, médecin généraliste
Giuseppe Montagna, médecin généraliste
Roberto Mucelli, psychologue clinicien
Candida Nastrucci, biologiste chercheur
Federica Nin, psychologue
Susanna Penco, biologiste chercheur
Oriano Perata, médecin chirurgien
Mario dalle Pezze, médecin neurologue
Vincenzo Pietrantonio, médecin anesthésiste
Isabella Pratesi, biologiste chercheur
Simonetta Puppo, biologiste chercheur
Donatella Ramorino, biologiste chercheur
Ruggiero Ricco, médecin généraliste
Silvana Russo, psychologue
Rolf Simon, urgentiste
Liliane Schnitzler, dermatologue et anatamopathologue
Alberto Signore, médecin généraliste
Gianni Tamino, biologiste chercheur
Rodolfo Tangari, médecin oncologue
Jacques Valentin, médecin généraliste
Nadia Vilchenon, psychiatre
Valeria Vincenti, médecin généraliste
Erik Walum, neurotoxicologue
Clifford Warwick, biologiste chercheur
Giovanni Zanardi, médecin généraliste
Franca Zanichelli, biologiste chercheur
Tamara Zietek, biologiste chercheur

Références bibliographiques

  1. https://www.ewg.org/research/body-burden-pollution-newborns
  2. http://sante.lefigaro.fr/article/pollution-de-l-air-palmares-des-villes-francaises-les-plus-polluees/
  3. https://www.insee.fr/fr/statistiques/2386052#tableau-Tableau2
  4. https://reporterre.net/Se-passer-du-glyphosate-C-est-possible
  5. https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/25775505
  6. https://www.anses.fr/fr/content/valeurs-toxicologiques-de-rérence-vtr
  7. http://invs.santepubliquefrance.fr/Dossiers-thematiques/Environnement-et-sante/Biosurveillance/Qu-est-ce-que-la-biosurveillance
  8. http://www.chroniques-cartographiques.fr/2016/02/carte-de-france-de-la-pollution-atmospherique-ces-villes-qui-suffoquent.html
  9. https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/20574894