Andrew Knight au sujet de l’enseignement en médecine vétérinaire

En tant qu‘étudiant en médecine vétérinaire en Australie, Andrew Knight lutte pour que les étudiants ne soient pas obligés d’expérimenter sur des animaux – et réussit !

andrew knightAndrew Knight a obtenu son diplôme de vétérinaire en Australie de l’‘Ouest en 2001. Il a ensuite obtenu un diplôme en sciences du bien-être animal et passé les examens de vétérinaire aux Etats-Unis en 2005. Il a reçu une bourse de recherche au Centre pour l’‘éthique animale d’‘Oxford en 2009. Ce centre de renommée mondiale se consacre au renforcement du statut éthique des animaux, à  travers l’‘excellence en matière de recherche académique, d’‘enseignement, de publications. Andrew Knight est également porte-parole de Animals Count, un parti politique britannique pour les hommes et les animaux, et directeur de Animal Consultants International, qui vise à  faciliter, au niveau international, le partage de compétences pour des campagnes de défense des animaux. Il pratique la médecine vétérinaire à Londres.

Antidote Europe (AE) : Pourriez-vous décrire votre initiative pionnière en tant qu‘étudiant de médecine vétérinaire en Australie et ce qui vous a mené à  penser hors des sentiers battus en premier lieu ?

Andrew Knight (AK) : En 1998, mon université (Murdoch University) a instauré la mesure pionnière de permettre l’objection de conscience aux étudiants par rapport à  l’expérimentation animale ou à  d’autres domaines de leur cursus. Murdoch a été la première université australienne à  prendre formellement cette mesure, laquelle a, depuis, été adoptée par plusieurs autres universités en Australie et aux Etats-Unis.

En 1999, j’ai présenté un dossier au comité d‘éthique de l’université, énumérant des alternatives éthiques à  nos laboratoires de démonstration invasive de physiologie animale. Ceux-ci ont, plus tard, été fermés. Et en 2000, un camarade de classe et moi-même avons établi le premier programme d’entraînement éthique en chirurgie vétérinaire en Australie de l’Ouest. Au lieu de pratiquer des procédures chirurgicales sur des animaux sains avant de les euthanasier, comme c‘était la norme, nous avons acquis de l’expérience en assistant lors de procédures thérapeutiques sur de vrais patients, comme c’est le cas pour l’entraînement des médecins. Notre programme a été très efficace. Nous avons acquis cinq fois plus d’expérience chirurgicale que nos camarades qui tuaient des animaux sains pour acquérir leur qualification. Depuis, d’autres étudiants dans d’autres écoles de médecine vétérinaire australiennes ont fait comme nous et, en 2005, des étudiants ont obtenu leurs diplômes dans chaque école sans avoir tué des animaux sains pendant leur formation chirurgicale.

AE : Vous avez publié plusieurs articles scientifiques excellents qui critiquent le “modèle animal” de maladies humaines. Pourriez-vous décrire l’utilité d’une “revue systématique” ?

AK : La question clé dans les débats autour de l’expérimentation animale est : dans quelle mesure cette expérimentation est-elle utile pour le progrès des soins donnés à  l’homme ou pour prédire la toxicité de substances chimiques pour l’homme ? Après tout, si les responsables de la réglementation croient que des vies animales peuvent réellement sauver des vies humaines, ils se prononceront toujours en faveur de l’homme.

Jusqu‘à  récemment, le débat scientifique sur l’utilité des expériences sur des animaux pour l’homme a reposé sur deux approches : les opinions d’experts et les études de cas. Toutefois, les opinions d’experts sont de plus en plus décrédibilisées car des opinions contradictoires affirmant aussi bien l’utilité pour l’homme que le contraire, abondent. Les opinions sur l’importance historique des études sur l’animal lors du développement de diverses thérapies humaines sont également variables.

Des listes de cas dans lesquels les résultats animaux et humains sont soit concordants soit discordants posent également problème. Cette approche est pourtant basée sur des preuves. Mais sa faiblesse inhérente est qu’un trop petit nombre d’expériences sont analysées et que leur sélection peut être entachée de partialité.

Donc, pour apporter des conclusions plus définitives, il est nécessaire de réaliser des revues systématiques d’un grand nombre d’expériences sur des animaux et de leur utilité en clinique ou toxicologie humaines. Les expériences examinées dans ces revues sont sélectionnées sans préjugés, par randomisation ou autres méthodes impartiales. Les revues doivent atteindre une rigueur et une impartialité scientifiques suffisantes pour être publiées dans des journaux scientifiques à  comité de lecture. De telles revues scientifiques publiées sont les meilleures preuves.

Depuis 2005, j’ai réalisé de telles revues systématiques, elles ont été publiées, et j’ai à  présent 16 publications majeures et de nombreux autres articles mineurs sur l’expérimentation animale et sur les problèmes bioéthiques liés. Ils sont disponibles surhttp://www.aknight.info external link rubri,que “Publications”.

AE : Pouvez-vous donner à  nos lecteurs un bref panorama des sujets couverts par vos revues systématiques ?

AK : Ma première série majeure d‘études examinait la prédictivité pour l’homme des études de cancérogénicité sur l’animal. En examinant les données de toxicité pour 160 contaminants environnementaux, sources de préoccupations majeures pour la santé publique aux Etats-Unis, et en comparant l‘évaluation du risque pour l’homme faite par l’Agence de protection de l’environnement (EPA) et par le Centre international de recherche sur le cancer (sous tutelle de l’OMS), j’ai trouvé que les évaluations de l’EPAétaient fréquemment incorrectes et que la cause probable de ceci était une trop grande confiance dans les données animales.

Plus récemment, j’ai examiné l’utilité pour l’homme de l’expérimentation invasive sur le chimpanzé. En examinant un grand échantillon de telles expérimentations prises au hasard, j’ai établi que la plupart de ces expériences ne sont jamais citées dans les publications scientifiques ultérieures, ce qui signifie qu’elles n’apportent aucune contribution évidente au progrès des connaissances biomédicales, dans aucun domaine. Une petite proportion était citée dans des articles de médecine humaine. Toutefois, quand, avec deux collègues, j’ai examiné ces études, nous avons découvert que leur contribution était mince par rapport à  d’autres sources de connaissances. Aucune étude sur des chimpanzés n’a fait de contribution essentielle et la plupart n’ont fait aucune contribution importante à  ces études de médecine humaine.

J’ai aussi examiné des revues systématiques publiées sur l’utilité de l’expérimentation animale pour la clinique et la toxicologie humaines. Sur 20 revues sur l’utilité en clinique humaine, seuls 2 modèles animaux ont montré un potentiel significatif de contribution au développement d’interventions cliniques humaines, l’un des deux étant litigieux. Parmi ces 20 revues, il y avait des expériences dont les comités d‘éthique attendaient qu’elles mènent à  des avancées médicales, des expériences faisant l’objet de maintes citations publiées dans les plus prestigieux périodiques scientifiques, et des expériences sur des chimpanzés -l’espèce généralement la plus prédictive des réactions humaines. Sept autres revues ont échoué à  démontrer l’utilité de l’expérimentation animale pour prédire de façon fiable pour l’homme des effets cancérigènes ou tératogènes. Les résultats sur les animaux se sont souvent montrés ambigus ou sans concordance avec les effets sur l’homme. Par conséquent, les données animales ne peuvent généralement pas être considérées comme utiles pour ces applications.

L’acceptation réglementaire de modèles non animaux est normalement conditionnée à  une validation scientifique formelle. Au contraire, les modèles animaux sont simplement supposés prédire les réactions humaines. Nos résultats démontrent l’invalidité de telles suppositions. La faible utilité en clinique et toxicologie humaines de la plupart des modèles animaux, ajoutée à  leur coût substantiel en termes de bien-être animal et de dépenses financières, justifie amplement de rediriger des ressources limitées vers des domaines de recherche plus pertinents du point de vue scientifique et médical.

AE : Avez-vous jamais subi l’intimidation institutionnelle ou l’ostracisme par vos pairs ? Quels sont les principaux obstacles que vous avez rencontrés en essayant de faire entendre votre point de vue scientifique ?

AK : J’ai subi ces réactions de la communauté vétérinaire et de la recherche sur animaux dès la première année à  l‘école vétérinaire. L’atmosphère à  mon école était déplaisante pour les étudiants qui osaient contester l’utilité de sacrifier des animaux sains pour les besoins du cursus. J’ai parfois été confronté à  des pénalités importantes, dont la possibilité d‘échouer au cours vétérinaire parce que je ne voulais pas tuer des animaux sains ni utiliser leurs corps. Beaucoup d‘étudiants et d’employés administratifs étaient secrètement, ou parfois ouvertement, hostiles. Une surprenante minorité me soutenait en privé mais peu osaient exprimer ce soutien publiquement. C’est une honte pour la profession de vétérinaire que de tels environnements soient la norme dans les écoles vétérinaires dans le monde et dans beaucoup d‘écoles -dont toutes les écoles australiennes. Les étudiants qui choisissent des méthodes d’enseignement avec humanité doivent suivre une voie rendue bien plus ardue que nécessaire.

J’ai mené des campagnes pour des méthodes d’enseignement avec humanité bien plus grandes que ce que j’avais d’abord osé. Le résultat est que j’ai eu des victoires auxquelles je ne serais jamais parvenu si l‘école avait été plus accommodante. J’ai acquis d’importantes compétences dans la recherche, l‘écriture, la prise de parole en public ou le contact avec les médias, compétences que j’ai continué à  utiliser pour défendre les animaux par des moyens que mes professeurs n’auraient jamais souhaité.

Certaines de ces compétences ont été rudement mises à  l‘épreuve, toutefois, quand j’ai tenté de publier, dans des revues biomédicales, des articles sur la faible utilité pour l’homme de l’expérimentation animale . Bien que beaucoup de chercheurs et de journaux scientifiques tendent avec succès vers l’idéal scientifique de minimiser les partis pris personnels, beaucoup d’autres sont très réticents envers quiconque cherche à  critiquer l’expérimentation animale. Non seulement nous remettons en cause le statu quo mais nos travaux montrent implicitement que ceux qui effectuent des expériences invasives sur les animaux commettent de graves fautes morales. Sans surprise, ceci génère de fortes réactions psychologiques, que ceux au caractère le moins trempé sont incapables de surmonter. La difficulté est donc beaucoup plus grande lorsqu’on cherche à  publier de tels articles dans des journaux scientifiques.

Toutefois, il y a un côté positif à  la plupart des choses. Cette rude évaluation par les comités de lecture a considérablement renforcé ma propre capacité à  développer la critique objective, ce que j’apprécie plus que d’autres, si ce n’est plus que toute autre, qualités. De plus, mes articles publiés sont devenus significativement plus forts car j’ai dû défendre pratiquement chaque mot auquel un opposant aurait pu objecter. Je suis aussi devenu un bien meilleur auteur scientifique.

La force et la valeur d‘études critiquant l’expérimentation animale qui ont réussi à  être publiées dans des journaux biomédicaux à  comité de lecture devraient être appréciées dans ce contexte.

Ces préjugés affectent aussi certaines conférences et réunions scientifiques. Bien que mon travail ait été honoré avec des récompenses à  plusieurs conférences, il n’a pas été admis à  d’autres. De même, certains journaux ont expéditivement rejeté des articles scientifiques que j’ai plus tard publiés dans d’autres périodiques. Des études sur le niveau et la nature des partis pris au sein de journaux et de conférences par rapport à  la critique de l’expérimentation animale fourniraient de très intéressants résultats.